L’ANCIEN PETIT THEATRE ROMAIN

DU JARDIN DE LA FONTAINE DE NIMES

 

 

 

Fin 1943 et début 1944, sur l'initiative de M. Chauvel, architecte en chef des Monuments Historiques, des sondages ont été fait à la Fontaine pour retrouver les, vestiges du petit théâtre romain ayant existé jadis à l'emplacement actuel de la pelouse créée voici quelques cinquante ans, à l'Est de la première terrasse, à côté de l'affreuse rocaille qui fait si vilaine tâche dans l'harmonieuse ordonnance de notre promenade.

 

Ce petit théâtre, très endommagé au moment de l'inopportune création précitée, a toujours été méconnu. Il a été complètement laissé en dehors des plans de Mareschal qui, en temps utile, aurait pu le sauver et le remettre en bon état de présentation. Mais à cette époque, par suite du voisinage d'une canalisation, qui n'avait aucun rapport avec lui, ce monument l'ut considéré comme une piscine. Par analogie avec les escaliers en courbe établis au bord de la source, les gradins encore visible, au nombre de 9, eurent la même attribution; simples marches de descente vers la surface des eaux, et, parfois, sièges de repos, entre deux plongeons,, pour les baigneurs supposés de la piscine. Cette croyance à la piscine persista jusqu'au milieu du XIX° siècle. Le Dr Teissier-Rolland dans une de ses nombreuses études sur la restauration et réutilisation de l'aqueduc du Pont du Gard, publiée en 1842, voyait encore dans les vestiges du théâtre un des réservoirs indiqué par Ménard dans, ses commentaires sur la conduite présumée des eaux de la Fontaine d'Eure jusqu'à proximité de notre source.

 

Auguste Pelet, lui-même, au début de ses patients travaux sur nos monuments, croyait aussi à l'existence de la piscine. Dans les premiers, catalogués de ses monuments en liège il donne à celui-ci la dénomination de Baptisterium.

 

C'est en 1851, seulement, dans une brochure sur le site de la Fontaine intitulée « Confidence du dieu Nemausus » que le Dr Teissier-Rolland émit l'hypothèse du théâtre et la soutint avec de judicieux arguments, basés sur une étude très attentive et des comparaisons avec divers autres édifices antiques. Auguste Pelet, par la suite, adopta en partie les conclusions de son collègue de l'Académie, mais sans être catégorique, et laissant dans ses commentaires sur l'édifice, place aux deux possibilités d'usage. Il eut le grand mérite de faire une maquette très précise, sans se laisser entraîner a aucune restauration. C'est grâce à ce précieux travail que survit encore l'exacte figure de l'intéressante ruine. Sans elle et sans le dessin du Dr Teissier-RolIand, figurant dans le 4e volume de son ouvrage sur les eaux de Nimes, nous ne posséderions rien pour matérialiser les descriptions de l'édifice, assez contradictoires suivant l'époque de leurs rédactions.

 

Nous avons déjà indiqué que Mareschal avait complètement dédaigné le petit théâtre dans son plan d'aménagement des vestiges antiques. Laissé à l'abandon il fut petit à petit dépouillé de tous les restes de riches décorations que l'on avait pu voir gisant dans le bassin supposé, lors de sa première mise à jour et dont rien n'a été conservé, à moins que diverses pièces ornementales puissent s'y rapporter parmi les nombreux documents sans indications d'origine conservés au Musée Lapidaire.

 

La descente des, terres, à la suite de chaque orage, combla assez rapidement les sondages de Mareschal et tout disparut. Clérisseau dans son bel ouvrage du XVII° siècle ne consacre aucune place à cette ruine qu'il n'a pu voir. C'est en 1854 seulement que, sur les désirs d'Auguste Pelet, une partie des crédits votés pour des chantiers de chômage furent affectés à des recherches nouvelles. Le théâtre fut rapidement retrouvé et dégagé dans ses principales parties, tel que le montre la maquette de Pelet. On pouvait espérer revoir aussi une partie de ses, dépendances du côté de l'Ouest, mais les travaux entrepris n'avaient pas la faveur du public. Il y avait sur ce point de la promenade un site assez agreste, alors connu sous le nom de « Creux Coumert » et l'on estimait que la destruction des végétations qu'entraînent les fouilles en sous sol étaient plus désagréables que ce que pouvaient avoir d'intérêt quelques nouvelles pierres mises à Jour. Les fouilles furent interrompues avant résultat complet. Il s'ensuivait un nouvel abandon du théâtre; quelques restes, architecturaux, trouvés dans le voisinage, eurent le même sort que ceux dispersés au XVIII° siècle. Les broussailles reprirent possession du sol et lorsque, vers 1890, naquirent les projets d'aménagement de cette partie, alors inculte, du Mont d'Hausser les ruines du théâtre n'apparaissaient plus que très partiellement. Elles réapparurent à peu près complètement durant quelques jours, au cours des travaux, mais pour disparaître définitivement cette fois; les pierres, recouvrant les gradins utilisées dans la structure de l'affreuse rocaille ou les soubassements de la nouvelle terrasse, et le squelette du théâtre enseveli sous la pelouse.

 

 

les pierres, recouvrant les gradins utilisées dans la structure de l'affreuse rocaille...

 

A plusieurs, reprises, voici quelques années, le Commandant. Espérandieu avait eu velléité d'employer une partie de ses crédits archéologiques à des sondages pour rétudier la ruine disparue. Nous ne l'encourageâmes guère dans la réalisation de ce projet. Nos souvenirs de jeunesse nous permettaient de supposer qu'il ne demeurait pas grand chose du joli monument méconnu. Ainsi que nous venons de le dire, nous avions vu, certain jour, le remploi des pierres antiques dans les substructions des nouveaux aménagements du jardin.

 

Nous ne fûmes pas plus enthousiaste lorsque, récemment, M. Chauvel entreprit les recherches qui viennent d'avoir lieu. Toutefois nous nous gardâmes de présenter la moindre objection; il aurait été trop maladroit de décourager un haut fonctionnaire de l'administration des Beaux-Arts daignant s'occuper, en dehors de ses grands monuments classés, des vestiges archéologiques de notre ville. D'autre part, la recherche entreprise pouvait avoir tout au moins l'avantage de fixer, par la correspondance avec un tracé extérieur, l'emplacement précis du monument. C'est ce qui a été fait. Cet emplacement, aisément rencontré, grâce à la maquette de Pelet, ne donna que la mélancolique vue de ce qui n'avait pu être enlevé; quelques entailles de la roche marquant la place des degrés inférieurs.

 

Cette constatation, confirmant malheureusement notre pessimisme, ne pouvait inciter l'architecte des monuments historiques à pousser plus loin la recherche des ruines saccagées. Une levée de plan fût minutieusement effectuée et la place jadis occupée par le théâtre marquée sur la pelouse lui servant de tombe verdoyante.

 

Cette précision ne sera pas sans intérêt si, plus tard d'autres rencontres de vestiges antiques permettent d'avoir une plus sure évocation de ce que fut l'ensemble des monuments ayant entouré la Source Sacrée.

 

Extrait du Vieux Nîmes, avril 1945, page 14-15, H.B.

 

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