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ENLUMINURE DE FERDINAND PERTUS XX
Les
religionnaires prennent Nîmes par les égouts. TROISIÈME
GUERRE CIVILE.
Histoire des Révolutions - Adolphe de
Pontécoulant. 1820. Mais la troisième guerre civile, entre les catholiques
et les religionnaires, s'allume ; l'édit du roi, du 25 septembre de cette
année 1568, dans lequel il était dit qu'il n'y aurait en France d'autre religion que la
catholique, et que tous les officiers de justice seraient de cette religion,
avec ordre aux ministres de sortir du royaume, en est le principal motif.
Malgré toutes les mesures qu'on avait prises pour
affermir la paix dans le pays, mesures qui semblaient promettre aux
catholiques des temps calmes et heureux, ils ne jouirent pas longtemps de
cette tranquillité. Les religionnaires avaient conçu le hardi projet de
reprendre la ville de Nismes; un artisan se présenta au capitaine Saint-Cosme
pour lui communiquer l'expédient qu'il avait imaginé. Il s'agissait de rompre
une grille de fer qui était au pied des murailles, près de la porte de la
Bouquerie.
La saison se trouvait favorable ; les nuits étaient
longues et obscures, de manière que Maduron commença bientôt à mettre la main
à l'œuvre. Il se glissa, vers minuit, dans le fossé, et lima le treillis, en
divers endroits, avec une de ces limes qu'on appelle, en terme de serrurerie,
limes sourdes. Il continua cette opération durant quelques Puits, avec cette
attention particulière qu'il ne manquait jamais, en se retirant, de couvrir
de cire et de boue les endroits limés. Enfin, les barreaux de fer' furent
coupés en peu de jours au point qu'ils devaient l'être.
Ce fut donc la nuit du 14 au 15 de ce mois qu'on fit
l'expédition. Saint-Cosme, à la tête de sa troupe et de quatre cents soldats,
cavaliers ou arquebusiers, qui lui étaient venus de Privas et d'Aubenas en
Vivarais, alla se poster, vers deux heures après minuit, dans des plants
d'oliviers près de la Fontaine. Dès qu'ils furent tous rassemblés, le
ministre Deiron, qui était à la suite de Saint-Cosme, commença à leur faire
un discours, pour les exhorter à se signaler en cette rencontre. Il leur fit
voir que du succès de cette expédition dépendait le recouvrement de leur
liberté et de l'exercice de leur religion. Mais à peine avait-il entamé son
sujet, qu'il parut tout-à-coup au milieu des airs une grande lumière qu'ils
prirent pour mauvais augure, et qui les jeta dans la consternation. Le
ministre n'oublia rien pour les rassurer ; il leur représenta que ce
phénomène était au contraire la marque d'une faveur céleste, qui les invitait
à marcher ; que le ciel se déclarait visiblement pour eux ; puisqu'il leur
fournissait un guide, comme il avait fait autrefois envers les Juifs conduits
par Moïse, lorsqu'il leur donna une colonne de feu pour signe et pour
assurance de leur prochaine liberté. Il n'en fallut pas davantage pour
dissiper la frayeur et ranimer le courage abattu de ces soldats. Le ministre
fit la prière, comme c'en était l'usage parmi les religionnaires, avant que
de commencer leurs entreprises militaires, et tous se disposèrent à marcher.
Alors Saint-Cosme prit avec lui une centaine de
soldats, et s'avança vers la ville, après avoir donné ordre aux cavaliers et
aux arquebusiers de défiler à petit bruit, et de venir se poster près de la
porte des Prêcheurs, dès que trois heures sonneraient. Etant descendu dans le
fossé, il fit incontinent abattre le treillis dont les barreaux ne tenaient
presque à rien, et se coula avec ses soldats, ayant de l'eau jusqu'à la
ceinture, sous le canal voûté de la Gau, d'où il se rendit dans le moulin.
L'heure indiquée étant bientôt survenue, Saint-Cosme
sortit du moulin avec toute sa troupe, et se rendit à la laite à la porte des
Prêcheurs. Il y avait 1e corps de garde, que les soldats religionnaires
égorgèrent ; après quoi, ils enlevèrent les serrures de la porte,
l'ouvrirent, et firent entrer toute la cavalerie. Ceux - ci coururent
incontinent dans toutes les rues avec leurs trompettes, faisant un bruit
épouvantable, afin de faire accroire qu'ils formaient une cavalerie
nombreuse, et répandre un plus grand effroi parmi les habitants ; tandis que
les arquebusiers allèrent dans les maisons enlever toutes les armes qu'ils y
trouvèrent. Les catholiques effrayés se dispersèrent et se cachèrent où ils
purent. Les uns, en grand nombre, se retirèrent vers la porte de la
Bouquerie, vers celle des Prêcheurs, et près du château, dans l'espérance d'y
trouver leur salut ou quelque secours ; les autres se réfugièrent dans les
Arènes, dont ils fermèrent les portes avec des pierres à sec. Mais, d'un
autre côté, Saint-Cosme détacha quatre-vingts soldats, commandés par de
Possac, qui allèrent se poster près du château, où l'épouvante s'était déjà répandue,
et l'investirent. Les maisons situées au voisinage servirent û loger tin
grand nombre d'arquebusiers, qui de là faisaient un feu continuel sur ceux
qui venaient chercher une retraite auprès du château : L'alarme fut d'autant
plus générale dans la ville, que rien n'y avait transpiré sur ce complot. Les
soldes religionnaires qui, dès le commencement de l'action, s'étaient
répandus dans la ville, y firent partout des ravages considérables ; ils
pillèrent et saccagèrent les maisons des principaux catholiques ; on en
massacra plusieurs ; il y eut des prêtres et des religieux enveloppés clans
le massacre. En voici le détail, tel qu'on le trouve dans un procès-verbal
signé par Louise de Fons, épouse du marquis de Montpezat.
Le jour même de la prise de Nismes, huit religieux,
effrayés des premiers désordres de cette journée, et craignant les suites de-
l'orage, allèrent se réfugier le soir dans la maison de Jean de Fons,
conseiller et garde des sceaux au présidial de. Nismes, située û la rue des
Fourbisseurs. Quoique ce magistrat fût de la nouvelle religion, il reçut les
religieux avec beaucoup de cordialité ; Il les fit cacher dans l'endroit le
plus écarté de sa maison ; mais dès qu'ils y furent entrés, ces religieux,
réfléchissant sur leur manque de courage honteux de leur faiblesse,
sortirent, au nombre de sept, dans le dessein d'aller encourager les
catholiques à persévérer dans leur foi ; mais à-peine étaient-ils sortis
qu'ils furent enveloppés et égorgés pur les soldats religionnaires : leurs
corps firent ensuite traînés dans la rue et jetés dans un puits. Les fureurs
des religionnaires contre les catholique durèrent encore quelques jouas après
la prise de Nismes.
Cette ville changea de nouveau de constitution. Il y
arriva, en moins de deux jours plus de deux mille religionnaires des
environs, qui s'y établirent. Mais il ne suffisait pas de s'être emparé de la
ville, il restait encore le château et c'était un poste trop important pour
ne pas faire les derniers efforts afin de s'en rendre maître : La garnison en
soutint le siége avec vigueur pendant environ deux mois ; mais enfin le
capitaine commandant, épuisé par la perte de ses soldats, et se voyant
dépourvu de vivres et de munitions de guerre, fut contraint de capituler le
lundi 30 janvier 1570, après avoir obtenu tous les honneurs de la guerre.
Saint-Cosme, gouverneur de Nismes, et le capitaine
Bouillagues firent travailler avec une ardeur extrême aux fortifications de
Nismes, car elle se trouvait environnée de places occupées par les catholiques,
et il était de la dernière importance, pour la sûreté de ses habitants, qu'on
s'y finît en défense contre les courses et les surprises du parti contraire.
La garnison faisait de fréquentes sorties sur les troupes catholiques
distribuées aux environs de cette ville.
Ces hostilités cessèrent pets de temps après, la paix
fut conclue, Saint-Germain-en-Laye, au commencement du mois d'août de la même
année, le nouvel édit de pacification accorda aux religionnaires le libre
exercice de leur religion dans toutes les villes dont ils se trouvaient alors
les maîtres ; outre cela, quatre places de sûreté, qui furent La Rochelle, La
Charité, Cognac et Montauban. Mais quelques factieux de Nismes résistèrent à
la paix; ils ne faisaient que fomenter le trouble et la division, ce qui
obligea le maréchal de Damville d'y envoyer deux compagnies d'infanterie en
garnison, afin d'y faire observer l'édit de pacification.
Attentif à maintenir dans une assurance et tranquillité
réciproques les habitants de l'une et l'autre religion, le vicomte de Joyeuse
envoya à Nismes le baron de Portes, pour y rassurer les esprits. Quelque
temps après, le roi donna ordre d'ôter la garnison qui était dans Nismes ;
par son attachement à la nouvelle
religion, cette ville fut choisie pour l'assemblée d'un synode national des
églises réformées, cette assemblée termina ses séances le 15 mai 1572. On
remarque le fameux Théodore de Bèze, disciple et successeur de Calvin, qui
s'y distingua particulièrement.
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